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Lexique Yoga : définition de Parinâma, le changement, l'épreuve de la rupture

YS II, 15 : Parinâma : changement


Etymologie :

Pari- : préfixe ; idée d'un tour complet

NAM : racine ; se courber, s'incliner en avant, se plier, d'où l'idée d'être transformé, d'arriver à maturation

C'est par le terme parinâma que le Yoga désigne le changement tel qu'il se manifeste dans les rouages de la vie.



Le rappel de l'étymologie du mot n'est pas sans intérêt, car le mot revêt plusieurs aspects, à la fois :

1. l'action de changer à associer à tout processus de maturation, de déclin, de vieillissement, d'évolution, de développement naturel, de métamorphose et
2. les conséquences du changement – telles qu'elles apparaissent dans la traduction du terme par résultat, fin, inconstance, déséquilibre, dénouement.

La racine pari- figure également dans le mot paritakmyâ qui désigne un voyage (takmya) incertain, instable, dangereux et aussi dans le verbe paritap qui veut dire tourmenter, menacer et encore dans le substantif paritâpa : la chaleur, le tourment.

On comprend dès lors que parinâma n'est autre que la vie telle qu'elle se déroule au jour le jour au fil de ses variations et de ses ajustements. Comme un voyage qui compose – non sans difficultés – avec les aléas du moment, aussi bien qu'avec la part d'inconnu, de désir et de nécessité propre à toute mise en mouvement.

D'après le Sâmkhya, grande école de la philosophie indienne, parinâma indique également cette possibilité latente qui viendrait s'inscrire au cœur de la précarité de la condition humaine. Le point de départ du Sâmkhya est en effet la constatation que tous les êtres humains sont assujettis à une souffrance fondamentale dont l'impermanence – qui est l'une des conséquences du changement – est la cause.

Tout change. Notre corps physique et énergétique, notre mental, notre environnement relationnel, notre regard, l'autre, le monde. Telles des turbulences, le désir, la colère, la peur, la jalousie, le doute, la maladie, mettent la vie en état de désordre lui imposant autant d'accélération que de décélération. Ça fluctue, ça tangue, ça change, continuellement, éternellement.

Nul ne peut arrêter l'inexorable transformation des choses, des êtres et de la nature, ni le cheminement certain vers la mort, qui, dans la perspective hindoue, prépare la renaissance ici-bas, encore et encore. Le changement est cette force qui va donner direction à la vie, qui est toujours mouvante, toujours en devenir.

Pourtant, à regarder de près nos expériences personnelles, on s'aperçoit que c'est bel et bien le changement, dans toutes ses formes, qui génère des tensions, des conflits intérieurs. Ces modifications concernent :

1. Le temps : celui qu'il fait, au regard du passage des quatre saisons, et celui qui passe et détermine les différentes phases de vie, de l'enfance à la vieillesse.
2. Les changements dans notre entourage, familial, professionnel, géographique.
3. Les changements que nous appelons de nos vœux, c'est-à-dire ces transformations volontaires que nous souhaitons faire.

Dans ces moments, de bouleversements en révolutions, notre vie se rend disponible à ce qui peut arriver. Se rendre disponible, c'est déjà prendre l'initiative d'une liberté si petite soit-elle face au changement inéluctable. Se rendre disponible, c'est vivre la liberté d'essayer.

La possibilité latente dont parle le Sâmkhya réinscrit dans le mouvement inévitable qu'est parinâma la chance d'expérimenter ce qui est éventuel, potentiel, vraisemblable, imaginable, "mieux"... selon nous. Cette possibilité latente est la fille du désir, et de son petit frère, l'attrait de l'inconnu, que la nécessité fondamentale du changement n'a pas réussi à éteindre.

Tout bouge, tout s'adapte, tout s'invente à l'instant.

« Il ne reste à ces moments-là que le cœur palpitant, grand ouvert au présent du monde qui se distille goutte-à-goutte » (B. Viard)

Parinâma nous confronte à notre capacité à lâcher prise lorsque la mutation s'oriente dans un autre sens que celui que nous souhaitions. Il teste notre équilibre. Tenir, se tenir, sans arrêter le mouvement, demande autant de souplesse que d'adaptation à ce qui est là, en train de se faire, d'arriver.

Parinâma questionne notre ouverture au vivant. Il nous invite à nous installer dans un état de disponibilité à l'accueil de l'imprévu tout en se laissant la possibilité d'un vacillement du Moi, installé dans l'attendu, l'habituel, le normal, le conforme, le conventionnel, en un mot : le familier.

Là est le défi et la vérité du changement : mettre l'être/la personne face à la rupture et à la suspension momentanée de sa maîtrise, face à cette peur atavique et insupportable du dénouement, de la fin.

Pourtant, c'est dans cette danse répétée et continue avec le changement qu'un calme serein, lumineux, puissant inonde le yogin qui sait devoir accepter l'inexorable de la vie en devenir.

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